Réponse courte : non. L’écume verte d’un lac, les filaments d’une rivière et les algues d’une plage de la Baltique ne sont pas la même chose que les algues d’un rivage atlantique propre et ouvert. Les plus dangereuses sont les cyanobactéries, dont on ne peut pas reconnaître l’innocuité au goût ni à l’aspect.
Ce que sont les cyanobactéries
Les cyanobactéries (algues bleu-vert) sont des bactéries photosynthétiques qui forment des proliférations par temps chaud et calme : traînées vertes, suspension comme de la peinture renversée, écume gélatineuse et mousse brun-vert sur le bord. L’eau se trouble et sent le moisi ou la terre. Les toxines sont invisibles : toute prolifération est donc considérée comme un danger.
Les cyanobactéries produisent des toxines. Les microcystines et la nodularine abîment le foie, les anatoxines agissent sur le système nerveux. Dans la Baltique, les proliférations d’été sont dues surtout à Nodularia spumigena et Aphanizomenon flos-aquae. Nodularia produit de la nodularine, et Dolichospermum peut être une source de microcystines et d’anatoxines. On n’a pas constaté que les souches baltes d’Aphanizomenon produisent des toxines, contrairement aux souches d’eau douce.
On y est exposé en avalant de l’eau ou de la mousse, par contact avec la peau ou les yeux et en respirant l’aérosol. Les enfants peuvent être plus exposés, car ils avalent plus facilement de l’eau et du sable en jouant.
Les lignes directrices de l’OMS de 1999 (telles que résumées par l’US EPA) décrivent des seuils d’alerte pour les eaux de loisirs : environ 20 000 cellules de cyanobactéries par millilitre signifient un risque faible d’effets à court terme (irritation de la peau, troubles digestifs), environ 100 000 cellules un risque modéré, et dès qu’une écume se forme, le risque est élevé, avec un contact contrôlé ou une interdiction de baignade conseillés.
Pourquoi nous ne cueillons pas d’algues d’eau douce sauvages
- Sur la rive, il n’y a aucun moyen de distinguer une algue sans danger d’une prolifération de cyanobactéries. Les proliférations se mêlent à d’autres organismes et changent d’un jour à l’autre.
- Nous n’avons trouvé aucun avis officiel selon lequel la cuisson ou le séchage éliminerait les toxines : ne considérez donc pas la transformation comme une protection.
- Indice venu du marché des compléments alimentaires : dans une étude belge de 2022, des microcystines ont été trouvées dans 9 des 35 produits à base d’algues testés, à 0,24 à 5,6 µg/g, et trois dépassaient une valeur proposée de 1 µg/g. La contamination ne concernait que des produits contenant Aphanizomenon flos-aquae (AFA), une algue récoltée dans des proliférations naturelles (par exemple dans le lac Klamath). Les produits faits uniquement de spiruline étaient sous la limite de détection.
Et la spiruline et la chlorelle ?
La spiruline (Arthrospira) et la chlorelle en rayon viennent d’élevages contrôlés où le producteur peut tester les lots pour y chercher des toxines. C’est tout autre chose que des algues récoltées dans un lac. Les auteurs de l’étude belge soulignent qu’un contrôle et des tests réguliers sont nécessaires, surtout pour le matériel récolté à l’état sauvage. N’achetez pas de compléments faits à partir de proliférations sauvages et ne les utilisez pas à la place d’un aliment.
La Baltique : ce qui y pousse et pourquoi nous la déconseillons
Le fucus vésiculeux et la laitue de mer poussent dans la Baltique, mais ce n’est pas un bon endroit pour cueillir des algues à manger.
- Eutrophisation. Les proliférations de cyanobactéries naissent d’un excès de nutriments et s’intensifient quand l’eau se réchauffe. La laitue de mer aime la même eau enrichie et forme en été des proliférations qui dégagent du sulfure d’hydrogène en se décomposant.
- Saison. Les proliférations surviennent surtout en été. La saison de baignade va de la mi-juin à la fin août, et les années de fortes proliférations, des dizaines de sites de baignade ont été fermés en même temps (58 en 2018).
- Toxines dans et sur les frondes. L’institut alimentaire danois (DTU) note que les algues peuvent porter des microalgues toxiques et des cyanobactéries, c’est pourquoi un nettoyage soigneux est important.
- Métaux et iode. Comme pour toute algue : elle accumule les métaux, et le BfR et l’ANSES mettent en garde contre l’iode. Détails dans algues comestibles.
Les rivages rocheux propres avec des algues comestibles se trouvent sur l’Atlantique et la mer du Nord. Vous les trouverez dans le module des marées.
Que faire après un contact avec une prolifération
Ce sont des conseils généraux tirés de sources officielles et de l’institut suisse Eawag. Ils ne remplacent ni un médecin ni un vétérinaire.
- Rincez la peau à l’eau propre, prenez une douche avec du savon et changez de maillot mouillé.
- N’avalez pas l’eau. Ne laissez pas les enfants jouer dans la mousse ni à côté d’une écume.
- Effets possibles selon l’Eawag : irritation de la peau et des muqueuses, vomissements ou diarrhée, difficultés respiratoires, réactions allergiques et, dans les cas graves, convulsions ou paralysie. Si des symptômes d’intoxication apparaissent, consultez immédiatement un médecin.
- Un chien ne doit pas boire dans une prolifération, y entrer ni lécher les algues de son pelage. Les signes chez le chien peuvent apparaître en quelques minutes : léthargie, bave, fièvre, vomissements, diarrhée, tremblements musculaires. Rincez bien le chien et contactez tout de suite un vétérinaire.
- Vous pouvez vérifier l’état des sites de baignade polonais sur le service GIS (sk.gis.gov.pl). Les restrictions d’un site de baignade donné figurent dans l’avis de l’autorité sanitaire ou du service GIS.
Sources
- Eawag : cyanobactéries, effets et recommandations de comportement
- US EPA : valeurs guides de l’OMS de 1999 pour les cyanobactéries en eau douce
- Wodne Sprawy : cyanobactéries formant une prolifération estivale dans la mer Baltique
- Cyanobactéries, proliférations et état des sites de baignade (information de la ville de Gdynia, en polonais)
- Van Hassel et al. 2022 : microcystines dans les compléments alimentaires à base d’algues (Toxins)
- Institut alimentaire du DTU : les algues peuvent contenir des substances nocives
- ANSES : algues vertes, baignade et consommation de coquillages (en français)
Ces informations sont d’ordre général, et les règles locales et les avis sanitaires peuvent différer. Si vous ou votre animal présentez des symptômes, contactez un médecin ou un vétérinaire.
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